Nous avons tous déjà entendu dire que “la pratique rend parfait”. Nous avons également entendu des personnes qualifier d’incomplète cette phrase.  Ces mêmes personnes l’ont rectifié à juste titre comme suit : “la pratique parfaite rend parfait”. En effet, j’apprends ce que je répète. Si je répète n’importe quoi, j’apprends n’importe quoi. Ceci est aussi vrai pour l’apprentissage de connaissances théoriques, de procédures de résolution de problèmes mathématiques. C’est tout aussi vrai pour la rédaction de commentaires composés que pour l’apprentissage de mouvements physiques sportifs ou artistiques.

Il est donc logique de chercher à effectuer des répétitions “parfaites”. Ainsi nous sommes sûr de bien apprendre pour que notre travail soit le plus efficace possible. Vu sous angle, il semble évident que cette approche soit la meilleure dès le début d’un apprentissage. Bien-sûr, si je pratique parfaitement dès le début, je vais progresser plus vite. En conséquence, je vais gagner beaucoup de temps, n’est-ce pas ? Mais est-ce vraiment certain ? Chercher la perfection dès le début est-elle la stratégie la plus efficace ?

  Une équipe de chercheurs de l’université de Hong Kong apporte des éléments qui donne à penser l’inverse. Il semble, d’après leurs résultats, que le fait de chercher la perfection dès le début handicape l’apprentissage plus qu’il ne l’aide. Étudions cela de plus près !

Apprendre à viser

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Description du protocole de cette expérience sur le progrès

Cette équipe de chercheur a recruté 216 enfants du CE2 au CM2 pour une expérience d’apprentissage étalée sur 5 semaines.

L’expérience a commencé par un test initial. Dans celui-ci, chaque enfant a jeté 10 fois une balle dans une image, grandeur nature, de leur professeur. Ce dernier tenait un gant de base-ball dans lequel se trouvait un trou en forme de balle. Ce trou était la cible que les enfants devaient viser depuis une distance de 5 mètres.

Les semaines suivantes, les enfants recevaient un entraînement quotidien de 15 minutes par jour. Ils s’exerçaient à jeter une balle, similaire à celle utilisée pendant le test initial. Cependant, il tirait sur une cible dessinée sur un mur, toujours depuis une distance de 5 mètres.

     Un groupe que l’on nommera  “groupe de pratique imparfaite” s’est entraîné de la manière suivante. Il ont tiré :

  • La première semaine sur une cible facile (2.4m x 2.4m)
  • En semaine 2 sur une cible de taille moyenne (1.1m x 1.1m)
  •  La dernière semaine sur petite cible la semaine trois (0.45m x 0.45m).

     L’autre groupe que l’on nommera “groupe de pratique parfaite” s’est entraîné dans le sens inverse.

  • Ils ont commencé en s’entraînant la première semaine sur la petite cible.
  • La deuxième semaine, il se sont entraînés sur la cible de taille moyenne.
  • Enfin, ils ont tirés sur la cible facile la semaine trois.

Une semaine après la fin de leurs entraînements, les enfants des 2 groupes ont été testés dans les mêmes conditions qu’ils l’avaient été dans leur test initial.

Deux mesures différentes pour évaluer le progrès

L’évaluation des progrès dans les lancés de chaque enfant a été fait de deux façons différentes.

Pour évaluer la précision du lancé, les chercheurs ont simplement évalué la distance entre le point d’impact de la balle et le cœur de la cible.

Pour évaluer la forme et la technique du lancé, un des chercheurs, physiothérapeute, et 3 observateurs entraînés ont observés des vidéos des lancés de chaque enfant pour évaluer sur une échelle de 0 à 8 un score pour la forme des lancés basés sur: a) les mains et bras, b) les hanches et les épaules, c) les pieds et d) le tronc.

Quelle séquence a donné le meilleur apprentissage ?

De “facile à difficile” contre de “difficile à facile”

En ce qui concerne la précision, le “groupe de pratique imparfaite” a effectué beaucoup de progrès entre le test initial et le test final. Le groupe de pratique parfaite, lui, n’a pas effectué de progrès significatifs.

En ce qui concerne la forme des lancés, les résultats sont du même acabit. Les enfants du “groupe de pratique imparfaite” ont montré une amélioration de la forme de leurs lancés bien plus importante que les enfants du “groupe pratique parfaite”.

Pourquoi la pratique imparfaite entraîne-elle un apprentissage plus important ?

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Il y a bien-sûr de nombreuses raisons pour expliquer cette différence d’intégration des compétences et de progrès. Voici quelques pistes…

Liberté de tester et apprentissage

L’une d’elle est que dans le “groupe de pratique imparfaite”, les enfants étaient bien plus libres d’expérimenter diverses manières de jeter tout en réussissant tout de même à atteindre leur cible. Plutôt que de se contraindre à tenter de faire des gestes parfaits, les enfants de ce groupe ont pu tester toutes sortes de manières de lancer la balle. Ils pouvaient juste lancer la balle sans rentrer dans un processus trop analytique focalisé sur la façon d’effectuer un lancer parfait. Le processus exploratoire était donc bien plus riche dans ces conditions que dans celle du “groupe de pratique parfaite”.

Construction de la confiance et apprentissage

La confiance en sa capacité à réussir (appelé en science le sentiment d’efficacité personnelle) joue très probablement un rôle de choix. En effet, il n’y a aucune honte à échouer la première fois que l’on essaie de faire quelque chose. Le bébé qui tombe après avoir tenté de faire ses premiers pas est félicité et encouragé à réessayer par les personnes qui l’aime. Si celles-ci le grondaient et l’humiliaient parce qu’il n’arrive pas à faire parfaitement une séquence motrice la première fois qu’il l’effectue, il y a fort à parier qu’il ne recommence pas le processus d’exploration de si tôt, avec les conséquences que l’on devine sur l’évolution de ses compétences en terme de motricité. D’autant plus que les chercheurs estiment que l’on tombe 2000 fois en moyenne lorsque l’on apprend à marcher…

Mon expérience personnelle de l’apprentissage

D’ailleurs, c’est exactement ce que m’enseigne mon nouveau professeur de guitare. Il m’amène à tester un geste précis sans que je me penche trop sur les détails pour que j’en explore l’essence et que j’intègre son “ossature”. J’ai, par la suite, tout le loisir d’affiner en conscience les différentes variables du mouvement pour affiner chacune d’elles. Par le passé, j’ai toujours eu tendance à chercher la perfection pour intégrer au plus vite une compétence et j’avoue que cette nouvelle approche de pratique imparfaite me permet d’apprendre avec moins d’exigence, plus de liberté et plus de plaisir. Comme vous le devinez, cela impacte la qualité de mon processus d’apprentissage. En conséquence, les résultats que j’obtiens en terme de développement de compétences et de progrès sont bien-sûr bien meilleurs aujourd’hui que par le passé.

Les enfants du “groupe de pratique imparfaite”, ont pu constater leurs progrès d’une semaine à l’autre et ainsi rester motiver et engager dans le processus d’apprentissage. Ainsi leur lancés se sont embellis et perfectionnés dans un cercle vertueux où les progrès constatés et la motivation à apprendre se nourrissent mutuellement. Ceci nous permet de penser que les enfants qui ont obtenu les plus mauvais scores au test initial sont ceux qui ont le plus bénéficié de cette approche.

Conclusions

La pratique parfaite est cruciale pour développer l’expertise et il est essentiel d’être quasiment un maniaque du détail si l’on veut atteindre un très haut niveau de maîtrise. Seule la pratique parfaite rend parfait comme le dit si justement l’adage.

Cependant, lorsque l’on apprend un nouveau savoir-faire et que l’on souhaite développer une nouvelle compétence, il est contre productif de chercher la perfection dès le début car cela :

  1. Peut amoindrir la richesse du processus exploratoire
  2. Limite l’aspect ludique de l’apprentissage qui lui aussi est un vecteur d’amélioration
  3. Empêche de profiter de la synergie “progrès constatés – engagement maintenu” qui nourrit la motivation et l’investissement réel de l’apprenant dans le processus d’intégration de compétences

Il est donc plus judicieux d’intégrer la base d’un apprentissage, de maîtriser les grosses parties d’un cours où de s’approprier le squelette d’un mouvement avant d’affiner encore et encore cet apprentissage en peaufinant sans cesse ce dernier et en allant de plus en plus dans un travail de détail.

Et vous, qu’en pensez-vous? Avez-vous déjà fait une expérience similaire ? Quelles applications pourriez-vous faire des résultats de cette étude ?

Dans l’attente de lire vos réponses, je vous souhaite une excellente continuation et de très bon apprentissages progressifs.  D’ici notre prochaine communication, soyez certains que vous êtes plein de promesses car :

“Chaque jour nous construisons le cerveau que nous aurons demain !”

Avec confiance et motivation 😉

Roman Buchta

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Roman Buchta

Passionné de neurosciences et de développement personnel. Je suis toujours en quête de découvertes scientifiques fiables et de nouveautés dans le domaine de l'apprentissage et de la performance en condition de challenge.

Cet article a 3 commentaires

  1. Chercher immédiatement la perfection… un vilain défaut que je connais bien !

  2. Effectivement ! Cet article est très pertinent. D’ailleurs, dans l’apprentissage d’une langue étrangère aussi, on s’est aussi rendu compte qu’il fallait passer par un “interlangue” contenant des erreurs. Même les enfants le font dans leur langue maternelle, quand ils conjuguent de nouveaux verbes selon les mêmes règles que d’autres appris précédemment, mais erronées. Alors en effet, vive l’imperfection ! Elle nous mène vers les progrès, ce qui est le plus important. Et bon apprentissage à tous !

    1. Merci Marianne pour ce parallèle très pertinent !
      Comme tu l’as dis, les erreurs permettent de construire le chemin vers la justesse. Heureusement que les enfants s’y donnent à cœur joie quand ils apprennent à parler. 😉
      Espérons que l’école enseignera bientôt le droit à l’erreur et même le besoin d’erreurs !
      à bientôt

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